1821 - 1889
Deux ans après son frère Victor, Joseph naît à Châlons-sur-Marne (aujourd'hui Châlons-en-Champagne). Il grandit avec les cours de dessin donnés par son père tout en se formant à son futur métier de vannier qu'il apprend à Dizy, au domaine du champagne Jaquesson.
Il ne lui deplait pas de s'éloigner un peu de la maison familiale animée par les cris de ses 14 frères et soeurs. Dès qu'il le peut, Joseph s'échappe de ses paniers pour parer les murs extérieurs des installations temporaires du 40e régiment d'infanterie situées en face du domaine. Sa fresque militaire devient l'attraction des promenades dominicales des châlonnais. "Cela lui valut toutefois une bourse de 400 francs de la ville". *JPB.
Il s'installe alors à Paris pour suivre les cours dans l'atelier d'Alexandre Abel de Pujol tandis que Victor, le grand frère tant aimé, étudie aux Beaux-arts. Ces années parisiennes forgent une complicité et une admiration mutuelles qui ne s'éteindront qu'avec la mort de Victor. Devasté, Joseph va finir La salle de la Chambre des Députés l'ultime tableau intié par son frère et s'éteint 3 ans après lui.
Joseph aime la couleur, la douceur de l'été, l'aura militaire et Emilie. Qu'il épouse en 1847. Très impliqué dans son rôle de chef de famille, il comprend vite que les acheteurs attendent de lui des scènes religieuses bien pensantes et des thèmes légendaires. Des oeuvres de petits et moyens formats, faciles à transporter et proposées à des tarifs abordables. C'est de leur production intensive que dépend le train de vie modeste du couple Navlet et de leurs enfants. Compter certes, mais vivre en profitant de la famille et de chaque moment qu'elle lui donne est indispensable.
Joseph s'inscrit dans la tradition des peintres académiques classiques, avec une approche réaliste et un intérêt marqué pour les thèmes historiques et militaires. Il cherche à représenter les scènes avec un certain réalisme et le souci du détail. Cependant, dans ce type d’art, l’exactitude historique absolue n’est pas toujours la priorité. Joseph cherche souvent à dramatiser ou à embellir les scènes pour renforcer leur impact visuel et émotionnel ce qui peut entraîner des anachronismes ou des simplifications. Le mouvement et la foule restent ses intérêts principaux. "Joseph Navlet oppose les harmonies froides dominées par les bleus de ses arrière-plans aux tonalités chaudes par lesquelles il distingue les protagonistes au coeur de l'action" JPB*
L'art de Joseph s'exprime dans un contexte où la France est en pleine mutation politique. Elle oscille entre monarchie, empire et république, avec une société en profonde transformation économique et sociale. Ce climat nourrit l'intérêt de Joseph pour les sujets historiques et militaires, symboles d’identité et de mémoire collective. Les tensions et aspirations d’une époque en quête de stabilité peuvent aussi refléter les hésitations du peintre à sortir d'un cadre mesuré.
La Fête au village. Revue de la garde nationale (Château de Compiègne)
Loin du Salon, où il présente ses créations chaque année, loin des expositions, à l'abri des regards critiques, Joseph, le petit Maître, exprime une autre facette de sa nature. Les archives familiales révèlent des œuvres empreintes de sérénité, où Joseph maîtrise pleinement l’enseignement de la perspective et de la profondeur transmis par son père. Il utilse une nouvelle approche de l'aquarelle pour traduire, entre autres, l'atmosphére de la forêt de Vincennes qu'il affectionne lors de ses promenades domestiques.
En 1873, il tente de proposer dans une vente à Drouot Le jardin de ma tante et Le mois de mai sans résultat. Etudes de laboureurs au champ, esquisses de paysages, de l'étang d'Aulnay, Joseph se décharge d'un carcan qu'il a lui-même construit.
S'il souhaite s'en affranchir, passer à l'acte est plus difficile. Jean-Baptiste, père d’une famille nombreuse de 14 enfants, fait face à des fins de mois difficiles. Comme son frère aîné, Joseph devient le soutien financier de son père. Par conséquent, il ne prend pas le risque de commercialiser une nouvelle expression picturale dans laquelle il excelle. Cette situation contraint Joseph à multiplier ses propositions face à une demande qui se fait de plus en plus rare. Il décède à Paris en 1889, des suites d’une rupture d’anévrisme.
Après sa mort, son épouse Émilie Navlet s’efforce de réaliser le souhait de son mari en préservant la notoriété de Victor, notamment par la vente et le don d’œuvres aux autorités de Châlons et de Paris.
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*JPB : Jean-Paul Barbier - Président de la Société des Amis des Musées de Châlons-en-Champagne, Président de l'association internationale Nicolas Appert - Victor et Joseph Navlet, peintres châlonnais du XIXe siècle - 2009