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Jean-Baptiste Navlet

 

1792 - 1873

Né en 1792, Jean-Baptiste Navlet est issu d’une longue lignée de vanniers-emballeurs. À Châlons-sur-Marne, au cœur de cette Champagne viticole, les hottes et les paniers de vendanges sont indispensables, et Jean-Baptiste s'investit d'abord dans cet artisanat exigeant. Le tressage de l'osier, de la paille ou du rotin impose une discipline de fer, une précision géométrique du geste et une concentration de chaque instant.

Pourtant, derrière l'artisan courageux, il y a un homme qui refuse le déterminisme social. À l’âge de 41 ans, porté par un caractère bien trempé et une volonté farouche de faire bouger les lignes, il opère une reconversion audacieuse pour offrir un autre avenir à sa famille.

En 1833, la loi Guizot vient de révolutionner l'instruction publique en France en officialisant l’enseignement du dessin linéaire. Jean-Baptiste y voit le moteur de son émancipation. Autodidacte aux ambitions immenses pour les siens, il réussit à devenir professeur de dessin à l’École Normale de Châlons. Le dessin linéaire devient son levier. Dans cette discipline, la géométrie et les mathématiques structurent la page pour transformer la vision intuitive en une representation scientifique, exacte et mesurable. C’est la passerelle idéale où sa minutie de vannier rencontre la rigueur de la ligne droite.

Les archives administratives et familiales dépeignent un homme rigoureux, qui mène sa maison et ses quinze enfants avec une réelle fermeté. Pour Jean-Baptiste, l'échec n'est pas une option. Ses fils n'ont tout simplement pas le droit de faillir. S'élever au-dessus de leur condition est un impératif absolu, une question de survie sociale. Tout ce savoir technique et cette exigence de fer, il les leur transmet sans concession.

Cette pression paternelle forgera des destins radicalement différents. Si Victor, le pionnier, légitimera les sacrifices de son père par un immense succès, Joseph portera toute sa vie la hantise de retomber dans la précarité, peignant sans relâche pour s'assurer une sécurité matérielle. Quant à Gustave, il commettra l'acte de rébellion absolu en choisissant la sculpture contre la volonté de son père, faisant passer son art avant le confort.

Issu des archives familiales de la Collection Aliette, le portrait ci-contre résume à lui seul ce combat. Jean-Baptiste y pose le regard extrêmement vif, les traits fins et émaciés, le front haut. Il porte son costume du dimanche, noué d'une importante cravate avec un soin infini. Sous la dignité de la pose et la fierté du professeur, la réalité de leur condition s'impose si l'on regarde de près. On distingue nettement les fils qui dépassent et l'usure du tissu. Tout est là : l'orgueil du patriarche qui a propulsé ses fils vers l'art, mais le souvenir d'une vie d'efforts et la hantise de la pauvreté qui ont dicté toute son existence.

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